"L'envoûtement", un spectacle prenant autour du harcèlement moral
Depuis près de 32 ans, Pascal Racan s’installe presque chaque matin à “sa” table de la Mort Subite. Il y mémorise ses textes, crée ses mises en scène. “J’y ai connu tous les patrons, j’adore l’ambiance de ce vieux café bruxellois” (Ph.B. Maindiaux).
“L’Envoûtement” de Jean-Pierre Dopagne mis en scène par Pascal Racan nous entraîne dans une descente aux enfers professionnelle. Tristement d’actualité…
Patricia a tout bon : une vie familiale épanouie avec ses deux enfants et une vie professionnelle au top depuis 16 ans dans une boîte de production musicale. Elle travaille en plus pour un patron qu’elle adore. Un jour pourtant, ce patron engage Marylène. L’insidieuse descente aux enfers commence pour Patricia, boudée, rejetée, niée, démolie par le harcèlement moral de ce boss qu’elle a tant apprécié… Une histoire moderne portée au théâtre par deux femmes qui font vivre avec une vérité bouleversante ces deux employées au destin inverse…
Pourquoi avoir décidé d’aborder ce sujet à travers le théâtre ?
Le harcèlement moral, c’est indéfinissable mais les conséquences sont dramatiquement visibles. L’une des comédiennes a eu une amie confrontée à cela. Cela l’a poussée à évoquer le sujet auprès de Jean-Pierre Dopagne, qui a écrit cette pièce d’une manière originale : au fur et à mesure des répétitions, pour mieux montrer en “live” les rouages destructeurs qui broient l’esprit d’une femme harcelée, un an durant…
Comment a réagi le public de Spa où la pièce a été jouée ?
Désormais, on ose parler, et de plus en plus, de ce genre de harcèlement. La pièce dénonce cette “tactique” qui broie l’humain mais aussi montre tous les chemins insidieux que cela peut prendre. Après trois soirées à Spa, le public en sortait souvent bouleversé, beaucoup nous ont dit : “Moi aussi, j’ai pu ressentir ça, moi aussi cela m’est donc arrivé”… Tout ce malaise qui sort de la sphère professionnelle pour se glisser dans la vie personnelle et qui fait que rien ne va plus, c’est la pente fatale : les gens ont très peur de ça… Mais les spectateurs rient aussi : Jean-Pierre Dopagne a une écriture vive, moderne et il a introduit ce que j’appelle “des soupapes de sécurité” qui permettent d’évacuer la pression omniprésente.
Le harceleur n’est pas sur scène, comment peut-on ressentir son travail de sape alors ?
Il n’y a pas de profil-type du harceleur… Ici, on ne voulait pas qu’il soit personnifié par un acteur : ce sont ses paroles rapportées par les deux femmes qui le font apparaître peu à peu, dans toute son inhumanité en quelque sorte, et dont il ne s’aperçoit pas ! J’ai aussi décidé de ne pas ancrer la pièce dans des décors réalistes. On évoque sept lieux différents autour d” une table ronde articulée et des jeux de lumière… Alix Mariaule et Delphine Charlier portent cette pièce de bout en bout, c’est un travail très dur pour elles…
Et ça finit bien ?
Ah, je ne dirais pas un mot de plus ! Disons qu’il va se passer quelque chose de très inattendu, possible dans la réalité, mais très étonnant.
Jusqu’au 31/10. Théâtre Mercelis rue Mercelis, 13 – 1050 Ixelles. Info et tickets : Ticketnet.be 070/660.601 www.argan42.be


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